Le festival

2024 – LES RACINES

Un retour aux racines

Si depuis 2010 le Blues Rules se targue de défendre le Blues du Nord du Mississippi, de son berceau originel, cette année il creuse encore plus en profondeur pour en extraire les racines fondatrices : le primitif Fife & Drum, le lien amérindien, son âge d’or populaire avec les Jug Bands, sa solide ascension avec l’ancien guitariste de légendes bleues, son ancrage traditionnel mississippien.

Et comme il ne faut pas faire mentir Willie Dixon qui déclarait « Blues is the root, the rest are the fruits », autour des racines évoquées ci-dessus, il n’y aura qu’à se baisser pour récolter et croquer à pleines oreilles dans ses délicieux fruits : du Zydeco, du rockabilly, du blunk (contraction de Blues et Punk), du Cajun, mais aussi ses extensions tintées d’Afrique ou d’Amérique centrale, de Malgache ou de l’Irlande profonde…

LES RACINES

Vendredi 07 juin

20h30

Lightnin' Malcolm (USA)

Aussi réputé pour la richesse orchestrale qu’il peut tirer d’un simple kit onemanband percussions-guitare que pour son intuition en jam, que ce soit en lead ou en backing avec, eh bien, tout le monde dans le Nord Mississippi de T-Model Ford aux North Mississippi All-Stars, ou dans ses inoubliables et révolutionnaires duos avec Cedric Burnside, Lightnin’ Malcolm montera cette fois sur scène avec les canailles de Well Well Well – même si des guestings avec ses complices de bar et de studio Shardé ou Carlos ne nous surprendraient guère.

Guitariste foudroyant, mais aussi remarquable vocaliste, maîtrisant comme peu la mélopée à la Junior Kimbrough, projetée haut au-dessus de la pulsation instrumentale hypnotique, libre et spontané sur scène, Lightnin’ est encore un songwriter assidu, presque obsessionnel, dont les compositions patientes, inexorables, se fondent sans hiatus avec les classiques du style Hill Country.

Fidélité et authenticité absolue au blues, et, de note en note, sa réinvention incessante, l’homme est un paradoxe, et un maître, comme un coup d’oreille sur son dernier album, Eye of the Storm, vous en persuadera mieux que ces mots.

Lightnin' Malcolm avait fait parti de la tournée Blues Rules 2013 (Crissier - Lausanne - Paris - Rome) aux côtés de Robert Belfour et des Left Lane Cruiser.

23h30

Twice as Good (USA)

Le blues est Afro-Américain, bien sûr – mais pas que. Nombre de bluesmen majeurs, de Leadbelly à Jessie Mae Hemphill, ont revendiqué leurs ascendances amérindiennes. D’un autre côté, les purs Amérindiens se sont appropriés depuis longtemps les musiques roots américaines – la « rez country », trop méconnue hors des réserves, est depuis toujours l’un des styles les plus vitaux et intenses de cette « musique blanche ».

C’est avec cette country indienne que commence vraiment, une génération avant, l’histoire de ce duo père/fils de la colonie Pomo de Elem, avec « oncle Hank », une gloire locale, qui formera successivement Richard, le père, et Paul, le fils. Mais c’est le blues flamboyant à la BB King que déverse leur radio qui les séduit l’un puis l’autre, qu’ils dévorent puis réinterprètent. Pas facile de percer pourtant quand on vient de la réserve. De bar en casino, de casino en festival, en tant que 2XG ou sous le nom du fils (Paul Steward), voilà plus de vingt ans de scène et sept albums qu’ils laissent leur rythm’n’blues cinglant et virtuose, teinté d’accents amérindiens à la fois dépaysants et presque d’évidence blues dans des morceaux comme “Myanik Xe”, prouver encore et encore leur stature.

Avec Well Well Well au backing.

Samedi 08 juin

17h30

20h30

Rising STars Fife & Drum Band (USA)

Sharde Thomas n’est plus l’enfant prodige à qui son grand-père, le maestro Otha Turner, avait confié la responsabilité de maintenir la tradition des orchestres noirs de fifre et tambours (fife and drums) du Nord Mississippi. Elle n’est plus même la jeune femme charismatique qui était venue il y a dix ans au Blues Rules avec frères et cousins présenter et défendre cette tradition.
Non, elle n’a rien perdu de sa virtuosité au fifre, de son intuition profonde des structures polyrythmiques qui l’unissent aux tambours. Oui, elle défend et maintient toujours le fife and drums dans sa forme et son répertoire les plus purs.

Mais ce n’est pas tout ce qu’elle est, ni tout ce qu’elle fait. Au fil des années, et des collaborations avec de multiples musiciens célèbres ou inconnus, elle s’est développée en une remarquable vocaliste, et surtout en une musicienne au point de vue unique, joignant à l’enracinement le plus profond un investissement actif, expérimentaliste, dans les formes les plus modernes des musiques noires. Avec son partenaire au sein du Rising Star Fife and Drum Band – et depuis ce printemps époux – C-Mal, producteur et rythmiste réputé, elle applique cette compréhension inégalée du riff et des pulsations Hill Country au média r’n’b/hip-hop avec une rigueur, une économie et une créativité exaltantes.
Allez donc écouter, sur leur disque récent, Evolution of Fife and Drum Music, Hidy Ho, sa relecture du Minnie the Moocher de Cab Calloway, ou sa réponse au traditionnel Granny Will Your Dog Bite : You Know That Dog Gon Bite.

Cette année au Blues Rules, avec eux, nous aurons la chance d’entendre l’un et l’autre, l’intemporal et l’actuel.

22h00

John Primer (USA)

L’une des dernières légendes du Chicago Blues, parti d’un diddley-bow dans les champs de coton à la limite du Delta pour aller faire ses classes au marché de Maxwell Street puis dans le house band du fameux club Theresa’s, derrière Junior Wells, Magic Sam et James Cotton entre autres, avant d’être recruté comme guitariste par le plus intransigeant des bandleaders, Muddy Waters.

Depuis… cinquante ans de carrière, avec Magic Slim, menant son propre groupe des bars de Chicago en tournées mondiales, dans de multiples collaborations, ou transmettant dans les jams du Checkerboard les secrets de son jeu concis, sonore, tirant son expressivité de son économie même, à l’ancienne. Impossible à résumer, et inutile à vanter. Un concert indispensable à tout amateur non seulement de blues, mais de tout ce que le blues a influencé (comme les Rolling Stones, avec qui il a joué lors de leur date de 1981 avec Muddy).
Well Well Well, aficionados Chicago, devraient jubiler à le backer.

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